L’escalier

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2008, 15×13,5 cm, bois et mine de plomb

J’ai fait cette petite sculpture après avoir lu un texte de Daniel Arrasse sur les annonciations, à propos de la colonne entre l’ange Gabriel et Marie.

Ce qui a retenu mon esprit, c’est l’incarnation. C’est-à-dire passer de l’état gazeux à l’état solide. Et alors pour moi qui ne croit pas en Dieu, cette histoire coïncidait étrangement avec mes questionnements de l’époque, comment donner corps à une idée. Donner corps à une idée. Cela me semblait une question majeure de l’art actuel, de la société en générale, de l’être humain, de l’Humanité. Par le verbe ? Si le verbe est créateur, comment exprimer, comment dire ce que l’on ressent, comment montrer ? Qu’est-ce que l’on perd, qu’est-ce qui s’ajoute ? Il y a la notion de dialogue aussi. A partir du moment où l’on met au monde, ou l’on donne, on reçoit en retour. L’artiste plasticien ne créé pas avec le verbe, alors quel est le phénomène créateur, quelle est l’alchimie ?

J’ai recouvert la partie plate de gauche de mine de plomb pour qu’elle renvoie de l’immatériel, de la lumière, du gazeux. Et l’escalier tracé renforce l’expression de l’idée, de la planification.

La colonne est pour moi ce mystère. Le passage de la tête aux mains. J’ai voulu sculpter une base simple telle que je l’avais en souvenir des multiples églises visitées. Une base cubique. Et puis, j’ai raté. Mon ciseau à dérapé et une partie du bois a volé. Voulant rattraper l’erreur, j’ai collé un morceaux de bois identique à l’endroit de la base, mais je n’ai jamais eu la patience et le savoir faire pour sculpter ce que je voulais. Déçue, j’ai mis de côté cette réalisation.

Six ans après, je la ressors. Parce qu’aujourd’hui, je peux l’assumer. Et je la trouve même géniale. Elle exprime dans son processus de création même, la difficulté à mettre au monde. Le mode d’emploi parfait non trouvé. Dans un monde où la forme carrée, lisse, pratique, fonctionnelle, sobre, efficace, faisant Un fait loi, l’erreur, le gauche, le raté, le vivant a du mal à trouver une valeur.

Cette colonne contient ces ingrédients là, le mystère, la non réponse, l’erreur, l’accouchement, la volonté, la nécessité, le boiteux, tout ce qu’il se passe pour qu’enfin, l’escalier puisse prendre corps, soit creusé, descendu pour toucher terre.

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